[RCT-ST] Y avait-il vraiment un en-avant sur l’essai de Jauzion ?

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Yannick Jauzion, le centre du Stade Toulousain, a vu vendredi soir son essai refusé par l’arbitre vidéo, Jean-Pierre Pellaprat, pour un en-avant de passe. 

On joue la 25ème minute de jeu à Nantes. Après une longue série de passes des trois-quarts du club haut-garonnais, Jean Bouilhou attrape le ballon et sprinte le long de la ligne de touche. À cinq mètres de la ligne d’en-but, il remet intérieur pour son coéquipier Yannick Jauzion qui plonge en terre promise. Mais après avoir demandé l’arbitrage vidéo, Pascal Gaüzère, l’arbitre de ce match, refuse l’essai. La cause : un en-avant de passe.

Pour que vous vous fassiez un avis, voici l’action en question.

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En effet, Jean Bouilhou lâche le ballon à trois mètres de la ligne d’en-but, et le ballon est récupéré au niveau de la ligne par le centre rouge et noir. L’en-avant paraît incontestable. Sauf que… si le ballon avance, c’est parce que le passeur est en mouvement : c’est l’inertie. Bref… Relisons la règle.

DÉFINITION : PASSE EN-AVANT

Il y a « passe en avant » lorsqu’un joueur lance ou passe le ballon en avant. « En-avant » signifie vers la ligne de ballon mort de l’équipe adverse.

Peut-on considérer que Jean Bouilhou lance le ballon vers la ligne de ballon mort de l’équipe adverse ? Vous l’aurez compris, ce cas est très épineux. À partir de là, il existe deux interprétations de cette règle, qui semble pourtant ininterprétable.

La première est que le référentiel est le terrain. Selon ce principe, lorsque le ballon se dirige vers la ligne de ballon mort adverse, il y a forcément en-avant, inertie ou non. L’autre interprétation est que c’est du joueur dont il faut tenir compte. Et cette seconde possibilité est celle qu’a validée l’IRB, dans une vidéo disponible ci-dessous.

L’arbitre doit juger une passe en-avant purement sur l’action du passeur et ne pas être influencé par le mouvement de la balle par rapport au terrain. Dans tous ces exemples, la transmission du ballon est effectuée de manière parfaitement légitime.

(Source : « Total Rugby – Forward Pass« , une vidéo de l’IRB.)

Le ballon avance, non pas parce qu’il a été lancé en avant, mais parce que le passeur était en train d’avancer également.

(Source : « Rugby Union – Forward Pass« , une autre vidéo, moins officielle que la précédente, je vous l’accorde.)

Le fait que le ballon se dirige vers l’avant n’indique pas forcément une passe en-avant. Ici, c’est un « forward catch », ce qui est autorisé. Le ballon doit être lancé vers l’avant avec les mains [pour qu’il y ait en-avant]. Il faut juger la passe et non la réception.

Quand les joueurs courent vers l’avant, la balle suit leur mouvement. Plus ils courent vite, plus le ballon se déplace vers l’avant. Si le joueur passe le ballon parfaitement à hauteur vers un coéquipier à côté de lui, le ballon va se diriger vers l’avant en accompagnant le joueur. Il se déplacera à la même vitesse que celle du joueur qui court ! Ce n’est pas une passe en-avant ! […]

C’est le lancer qui compte, pas le trajet de la balle.

(Source : SA Rugby Referees, le site officiel des arbitres sud-africains.)

Le concept est que le ballon doit voyager en arrière des mains des joueurs, mais il peut aller vers l’avant dans l’air, en raison des lois physiques.

(Source : RugbyDump.)

C’est d’ailleurs grâce à cette interprétation que sont rendus possibles les mouvements de trois-quarts, où le ballon est passé en pleine course et peut faire jusqu’à six mètres vers la ligne de ballon mort adverse sans que rien ne soit sifflé. Sans ce principe, 80 % des passes en mouvement seraient considérées comme en-avant. C’est ainsi plus simple lorsqu’on joue et lorsqu’on arbitre.

Si l’arbitre vidéo applique la première interprétation, alors l’en-avant est plus que flagrant. Cela dit, Monsieur Gaüzère jugeait l’essai valable, et Monsieur Pellaprat a visionné le ralenti bon nombre de fois, ce qui rend donc très peu plausible cette hypothèse.

En suivant la seconde explication, celle qu’a validée l’IRB mais qui n’est pas inscrite noir sur blanc dans la règle, la seule question qui se pose pour pouvoir juger la validité de l’essai est donc de savoir si Jean Bouilhou passe oui ou non le ballon en arrière. D’après les images, il semblerait que oui, puisque Jean Bouilhou reste en permanence devant le ballon sans accélérer, ce qui confirme que la passe ne peut avoir été faite en avant (encore une loi physique).

C’est donc là qu’il faut se fier à l’esprit de la règle, puisque cette dernière est trop peu complète pour prendre une décision. La décision de Monsieur Pellaprat est plus que compréhensible. En effet, même si l’interprétation de l’IRB est plus logique, plus simple, et plus à même d’être prise en compte, accorder l’essai devant un million et demi de téléspectateurs qui ont vu le ballon avancer de trois mètres est assez osé.

Un petit apparté cependant pour dénoncer l’erreur que commet la palette utilisée par Canal+. En effet, cette dernière prend clairement le parti de la première explication en se servant du terrain comme référentiel. Cette explication est contraire à celle fournie par l’IRB.

L’essai de Yannick Jauzion, qui fêtait par ailleurs son dernier match sous les couleurs du Stade Toulousain, a donc été refusé dans le doute ; une décision plutôt sensée de la part de Jean-Pierre Pellaprat. Plutôt que se faire des nœuds au cerveau, ce dernier a préféré arbitrer avec l’esprit et considérer donc que cette dernière passe était en-avant puisque c’est ce que tout le monde a vu.

En conclusion, nous ne pouvons affirmer si oui ou non la transmission de balle s’est faite légitimement, et ce à cause du manque d’informations dans la définition. Ce qui est sûr, c’est que pour faciliter l’arbitrage, l’IRB ferait bien de détailler un peu ce point du règlement, la saison prochaine.

[Mise à Jour – 28/06/13] Dans le Midi Olympique du Lundi 24 Juin, Nigel Owens, arbitre international gallois, a été questionné sur l’inertie. Il avait, deux jours avant, accordé à la Nouvelle-Zélande un essai entaché d’une passe douteuse, qu’avait contesté le staff tricolore. Il a déclaré : « Aujourd’hui, aux yeux de l’IRB, une passe est considérée en-avant si la direction du ballon, au moment où celui-ci quitte les mains du passeur, va vers l’avant. Mais si la passe arrive devant après avoir été lancée vers l’arrière, en raison des lois de la physique, on ne la considère pas en-avant. » De quoi faire réfléchir certains…

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19 Commentaires

  1. C’est un peu comme Monsieur Jourdain et la prose cette histoire, ça fait plus de cent ans que spectateurs et arbitres ont validé inconsciemment ou consciemment le principe du jugement sur la direction du geste. Si on change de principe, non seulement ce n’est plus la peine de recruter des trois-quarts rapides puisque le ballon avance d’autant plus vite qu’il est transmis par un joueur rapide mais ce n’est même plus la peine de recruter des trois-quarts tout court puisque l’on va se retrouver avec en moyenne soixante mêlées par matchs.

  2. dans ce cas la, la france devrait être déclarée championne du monde 1999 en lieu et place de l’Australie, car la passe de benazzi, a été considérée comme en avant, alors que c’était juste de la faute de l’inertie.

  3. Ah! Merci à l’esprit de la règle pour cette explication et confirmation en ce qui me concerne. Je me sens moins seul. La vidéo de l’IRB est précieuse. Il existe également une vidéo australienne qui traite du même sujet: http://www.youtube.com/watch?v=RgMlDy2jP9s

  4. D’accord pour la définition de la règle. Maintenant c’est bien la première fois que je vois un arbitre aller à l’encontre d’une préconisation de l’IRB.
    Si on siffle en-avant sur ça il faut le siffler systématiquement… à savoir sur à peu près 70% des passes, y compris celle qui donne l’essai à Armitage 🙂 et à celle de bastaraud qui aboutit au premier essai. Parcequ’en plus là il est statique, il passe la balle vers les poteaux. C’est hors concours :p

  5. Dans ce cas , il suffit de jeter le ballon en avant par dessus un joueur et le récuperer, avec l’inertie il ne doit pas y avoir d’en avant. Faut etre serieux, il y a en avant de 2 m sur la passe c’est n’importe quoi

    1. En revanche, si un joueur jette le ballon par dessus un adversaire et que le même joueur le rattrape, sans que le ballon soit touché par un autre joueur, il n’y a effectivement pas en avant.

      1. Eh si. Il est interdit de projeter le ballon délibérement vers l’avant. C’est la 12.2 (e) de mémoire.

        1. Non, c’est la 12.1.e et elle ne s’applique pas dans ce cas, cf la définition de l’en avant : « … avant que le joueur d’origine puisse l’attraper ». Mais je reconnais que dans un cas volontaire et flagrant, je sifflerai car contre l’esprit du jeu.

          1. Non, je te confirme qu’il est interdit de projeter délibérement le ballon, même si le joueur d’origine le rattrape avant tout le monde.

    2. Bah non, puisque dans ce cas, le ballon est bel et bien lancé vers l’avant.

  6. @Magicien: attention, tu t’appuies sur la définition de « l’en-avant », pas de la « passe en-avant », qui sont deux choses bien distinctes….
    Dans le cas qui nous intéresse, on parle de passe en-avant, pas d’en-avant.

  7. « DÉFINITION : EN-AVANT
    Il y a « en-avant » lorsqu’un joueur perd la possession du ballon qui poursuit sa course
    ou lorsqu’un joueur propulse le ballon du bras ou de la main ou lorsque le ballon touche
    la main ou le bras et poursuit sa course puis touche le sol ou un autre joueur avant que
    le joueur d’origine puisse l’attraper.
    « Poursuivre sa course » signifie rouler vers la ligne de ballon mort de l’équipe adverse. ».

    Si on en croit cette définition « officielle » de l’en avant il n’est pas spécifié qu’il y ait besoin de lancer le ballon vers l’avant pour que l’en avant soit caractérisé puisque cette règle n°12 indique « Il y a « en-avant » lorsqu’un joueur perd la possession du ballon qui poursuit sa course… ». Dans le cas présent, le joueur toulousain perd la possession du ballon en le lançant vers son coéquipier, le ballon poursuit sa course vers l’avant donc à mon sens il y a bien en avant

  8. C’est le même principe pour une passe à hauteur, ce qui n’est manifestement pas le cas ici. Il y a bien en avant. Si on prend en compte l’intention du passeur, ça va finir en foot US…

    1. Non. La passe n’est pas lancée en avant, et c’est expliqué pourquoi dans l’article. 😉

    2. Certes non, je ne me targuerai pas de connaitre les pensées du grand Jeannot. Je me base sur les éléments objectifs visibles tels que je les ai connus, appris et pratiqués : le ballon va vers la ligne d’enbut adverse donc en avant. Si je devais me baser sur la volonté du joueur ou la position de ses bras, poignets, doigts, etc… il n’y aurai jamais en avant ou seulement avec un quaterback. Restons simple et peut être les arbitres seront un peu plus réguliers.

  9. Il suffit, conformement aux lois de la mécanique, de donner une force contraire pour vaincre l’inertie et que le ballon ne poursuive pas sa route vers la ligne d’enbut adverse. Enfin, à l’ancienne….

    1. Et lorsque les passes sont à hauteur ?

    2. Et donc plus un joueur va vite dans sa course et plus il doit passer en arrière pour annuler la vitesse d’entraînement? Stupide, vu comme ça, tu ne trouves pas?

    3. Non, c’est l’essence de ce jeu : avancez en passant le ballon en arrière. Et quelque soit la vitesse de pointe du joueur.

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