[Zoom] La règle de la carence

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Générant à chaque fois un certain flottement sur le bord du terrain, la règle de la carence est mal comprise des spectateurs, et souvent des entraîneurs. Nous allons donc tenter de vous expliquer à quatre mains les recoins de cette règle saugrenue.

1ère Partie – Explication

La règle de la carence est l’une des plus absconses du rugby moderne. Il faut savoir qu’elle ne prend effet qu’en cas de manque de joueur apte à jouer en première ligne. Nous allons lister quatre situations ; dans chacune de celles-ci, il faut donc considérer que l’équipe ne dispose d’aucun remplaçant qualifié.

Joueur de première ligne qui se blesse et qui ne peut plus continuer le match → mêlées simulées et équipe qui joue à 14 jusqu’à la fin du match.

Joueur de première ligne exclu définitivement → la mêlée qui suivra sera simulée, et alors le capitaine sortira un joueur de son équipe jusqu’à la fin du match : son équipe terminera à 13.

Joueur de première ligne qui sort sur saignement, ou sur protocole commotion → mêlées simulées et équipe qui joue au complet — sauf si le joueur n’est pas autorisé à revenir sur le terrain, auquel cas son remplaçant temporaire devra sortir et l’équipe finira le match à 14.

Joueur de première ligne exclu temporairement → la mêlée qui suivra sera simulée, et alors le capitaine sortira un joueur de son équipe jusqu’au retour du premier joueur : son équipe jouera à 13 pendant dix minutes.

En ce qui concerne les mêlées simulées : elles doivent se jouer à huit contre huit, obligatoirement. Rien n’empêche les demis de mêlée de suivre la progression du ballon : une mêlée simulée est une mêlée comme une autre, si ce n’est que le ballon n’est pas disputé et que les joueurs n’ont pas le droit de pousser.

[Mise à jour — Octobre 2019] Cette règle est certes issue de cerveaux français (puisqu’elle n’était initialement qu’une spécificité applicable à certaines compétitions hexagonales de haut niveau), mais elle a été ajoutée au règlement de World Rugby durant l’été 2018. Elle est donc en vigueur lors des matchs internationaux.

2ème Partie – Origine et Limites

Tentons d’expliquer un peu le pourquoi de cette règle et surtout ce qui en découle. Si, après les deux aspirines bien méritées, vous trouvez cette règle toujours aussi incompréhensible, c’est normal. Elle a pourtant été créée dans un but très précis, et hautement honorable : éviter des cas de triche.

Comment ça ? Eh bien, il arrivait parfois qu’une équipe outrageusement dominée dans le secteur de la mêlée fermée feinte des blessures de joueurs de première ligne dans le but de faire… simuler les mêlées. La réponse des instances est ici claire : « OK, on va simuler les mêlées, mais dans ce cas on vous donne un handicap » ; différent, comme vous pouvez le voir, selon les situations, mais dont l’esprit demeure toujours le même, à savoir « on vous fait sortir un joueur ».

En effet, des mêlées simulées ne peuvent être dès lors ordonnées que lorsqu’un joueur supplémentaire est sorti. Pour utiliser un lieu commun, on dira qu’il s’agit de faire sortir deux joueurs pour n’en faire rentrer qu’un (en l’occurrence, ce dernier de première ligne). Le grand intérêt de cette règle est alors simple : on ne galvaude plus jamais le secteur de la mêlée fermée, importantissime s’il en est pour distinguer notre discipline du jeu à XIII. Pour qu’on en arrive à jouer des mêlées simulées, c’est qu’il y a un réel problème pour une équipe, une réelle carence en piliers, et cela ne résulte plus jamais de choix tactiques désespérés d’entraîneurs malveillants.

Néanmoins, la difficulté principale rencontrée par la règle demeure, vous vous en doutez bien, son application. Allez expliquer à un entraîneur qu’il va devoir faire sortir un joueur supplémentaire parce que vous venez de mettre dehors son dernier pilier valide, il évoquera une profonde injustice et hurlera probablement tout son désespoir. À raison ? Là encore, ça se discute.

Une règle aussi compliquée crée forcément des bugs, accentue les écarts entre les équipes jusqu’à parfois pousser les arbitres à attendre un peu avant de sortir un pilier que le frigo accueillerait pourtant à bras ouverts. En somme, le contexte est parfois plus fort que le concept.

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12 Commentaires

  1. Il n’y pas de double carence. C’est à dire que si deux joueurs de premières lignes sont expulsés par carton rouge par exemple. Le capitaine ne fera sortir qu’un joueur supplémentaire, et non pas deux. L’équipe se retrouvera donc à 12.

  2. Ce qui n’est pas très logique à mon goût est qu’il est plus facile de tricher en simulant une blessure qu’en se faisant explulser (temporairement ou définitivement). Alors pourquoi la sanction est-elle plus lourde en cas d’expulsion (équipe à 13) qu’en cas de blessure (équipe à 14) ?

    1. Justement, ce qui serait illogique serait de punir plus sévèrement une équipe dont le joueur s’est blessé (ou dit s’être blessé), qu’une équipe dont le joueur a été expulsé pour une faute.

  3. ça veut dire que l’Australie pourrait simuler une blessure pour compenser leur mêlée (qui est, on peut le dire, la honte du XV pour une équipe de ce niveau)?

    1. [mise à jour — octobre 2019] Maintenant que la règle est applicable à l’international… non. 🙂

  4. Bravo ! Vous avez réussi à me faire comprendre cette règle, que même les arbitres de mon CD avaient tenté de m’expliquer avant d’abandonner. ^^

  5. Pour info, il n’y a pas de carence en série territoriales.

  6. J’aime bien le style (de l’article, pas du règlement FFR).

  7. Flemme ou incompétence lorsqu’on parle de professionnalisme?
    En même temps, a ce niveau c’est ridicule de faire la différence entre les postes de la première ligne. Genre ce serait dangereux pour un type qui joue 80mn pilar de jouer quelques mêlées au talon. M’enfin…

    Quant a la simplicité de la règle elle ne me semble tout de même pas l’une des plus absconses de ce jeu. Mais c’est vrai que ni l’arbitre ni les commentateurs n’ayant été capables de l’expliquer, cela explique peut etre ces demandes venant de personnes ne la connaissant pas.

  8. honnêtement je ne vois pas ce qu’il y a de compliqué la dedans: pas de pilar ou de talon a aligner = mêlée simulée = un joueur en moins que le nombre qui devrait être présent si les mêlées n’étaient pas simulées. Inique peut être dans certains cas, certainement, mais rares sont les lois qui ne le deviennent pas dans des cas particuliers.

    En revanche je ne comprend pas comment des clubs pro, comme Clermont, peuvent se retrouver en carence dans un cas de ce WE. Mais pourquoi n’indiquent-ils pas sur la feuille de match qu’au moins un de leurs piliers peut jouer talon (par exemple Zirakashvili dans ce cas précis)? Dans ce cas pas de carence il me semble, non…

    1. Effectivement, pour toi ça ne semble pas compliqué. Est-ce le cas pour tout le monde ? … Vu que des gens ayant des tribunes rugbystiques ont demandé un article dessus, je dirais que non !
      Parfaitement d’accord sur le second point, il n’y aurait absolument pas eu carence s’il en avait été ainsi. La flemme clermontoise les a handicapés.

  9. valerie aka quietlark · · Réponse

    Heu… Je crois que j’ai compris finalement mais bon ca vaux le coup du joueur qui viens de la touche vers l’enbut et qui… Mince en fait je m’ensouviens plus non plus. Neanmoins merci 🙂

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