Steve Walsh : « contrôler mon environnement »

Arbitre de la dernière finale de Super 15, presque 15 ans d’excellence nationale et internationale, un quart et une demi-finale de Coupe du Monde à son actif, respectivement en 2011 et 2007, Steve Walsh est un grand monsieur.

Après avoir été viré par la New Zealand Rugby Union, il a réussi à se trouver une place en Australie, où il a retrouvé son meilleur niveau. En exclusivité sur le site Esprit de la Règle, voici son interview :

« – Tout d’abord, comment vous est venue l’idée de devenir arbitre ?

– J’ai subi une blessure à la colonne vertébrale quand j’avais treize ans et les médecins m’ont affirmé qu’il ne serait pas sage de continuer la pratique de sports de contact tels que le rugby. Les deux saisons suivantes, j’ai alors entraîné une équipe de jeunes de mon club, mais je n’y pris pas autant de plaisir. Mes parents avaient un ami proche à l’époque qui exerçait la fonction d’arbitre et m’a encouragé à essayer. Ainsi, à seize ans, j’ai arbitré mon premier match de Rugby.

Vous souvenez-vous de votre premier match international ?

– Oui, Argentine – France en 1998, à Buenos Aires, j’avais alors vingt-six ans.

Avez-vous des rituels avant vos matchs ?

– Non, j’ai toujours été très déterminé à ne pas m’engluer dans ce genre de choses.

Si vous pouviez ré-arbitrer un match de votre choix, l’arbitreriez-vous de la même manière ?

– Après chaque match que j’ai arbitré, lors de la revue de ma performance, j’ai pu constater que j’aurais pu mieux faire certaines choses, sur des décisions ou des interactions avec les joueurs. Je pense que c’est ce qui alimente mon intérêt et mon enthousiasme : trouver des moyens de constamment m’améliorer.

– Qu’est-ce qui est pour vous le plus dur dans l’arbitrage ?

D’un point de vue technique, le jeu au sol, et en particulier être clair sur ce que je veux voir et ce qui n’est pas acceptable. Mais, par dessus tout, il s’agit de contrôler mon environnement et la manière dont je me sens lorsque je dirige les matchs. Cela m’a pris un certain temps avant de comprendre comment je dois être [en termes de contrôle émotionnel] pour réaliser des performances de grande qualité. Pour résumer, supposons qu’il s’agit de l’algologie du sport [NdT : il s’agit de la branche de la médecine correspondant au contrôle des douleurs et des émotions].

Quelle est la fonction essentielle de l’arbitrage à vos yeux ?

Au très haut niveau, je suis convaincu qu’il s’agit du management des hommes, leur faire faire ce qu’ils ne souhaitent pas faire à l’origine sans pour autant les dominer. Se concentrer uniquement sur la vision technique de l’arbitrage n’est pas suffisant.

– Nous avons pu noter que vous parlez beaucoup avec les joueurs : de quelle manière interagissez-vous avec eux sur le terrain ?

En fait, je ne pense pas parler beaucoup avec eux dans le feu de l’action, j’essaie de seulement communiquer pour faire changer une attitude donnée. En revanche, j’essaie d’optimiser les temps morts du match en signifiant au capitaine ou à d’autres joueurs ce que j’attends d’eux. J’utilise ces moments pour maximiser la prévention et éviter des sanctions ultérieures.

– Question un peu plus intime… Quel est votre sifflet !?

– Un Acme Thunderer, avec un bec large.

Nous supposons que vous devez vous entraîner très dur… Comment vous préparez-vous ?

Cela dépend évidemment de la période de la saison où je me trouve, si j’arbitre chaque semaine et à quelle fréquence les voyages à l’étranger se produisent. Cependant, pour donner une idée basique, mon entraînement est supervisé par un entraîneur spécialisé de l’Australian Rugby Union et est composé d’entraînements cardio-vasculaires, presque exclusivement pour la constitution de périodes anaérobiques [NdT : périodes de réduction maximale de la respiration pendant l’effort], musculation, sessions de vitesse pure et de stretching.

Quel aura été votre match le plus difficile à arbitrer ?

Probablement en 2000, Australie – Afrique du Sud à Perth. C’était mon premier match de Tri-Nations et j’ai été pris en défaut sur un plan émotionnel.

Que conseillez-vous aux jeunes arbitres qui débutent ?

Soyez sûrs de prendre plaisir à ce que vous faites, n’entrez pas dans une course pour gravir les échelons trop vite (l’expérience est un élément très important en arbitrage) et, le plus important : arbitrez le match qui se déroule sous vos yeux, faites ce qui est requis sur ce match pour vous et non pour le délégué ou le superviseur dans les tribunes. »

Un très grand merci à Steve Walsh, qui a eu l’immense amabilité de répondre à nos questions, et aussi à l’ARU, qui a répondu favorablement et promptement à notre demande. Bravo enfin à Adrien qui s’est occupé de la traduction de tous les mails et des réponses. 😉

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un commentaire

  1. […] dépassionnée, faites par de vrais spécialistes du sifflet ! Enfin, vous y trouverez également une interview de l’arbitre international Steve Walsh qui donne quelques tuyaux au nouveaux arbitre […]

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