Retour sur l’évolution du panel international

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Pour la première fois de l’histoire, la compétition internationale annuelle de l’hémisphère sud, à savoir le Rugby Championship, sera arbitrée en majorité par des européens. Nous avons donc décidé de creuser un peu le sujet, à savoir les causes de cette évolution. — Photo Anthony Au-Yeung, Getty Images

C’est un fait : auparavant, cette compétition (et notamment à l’époque du Tri-Nations) était quasi exclusivement dirigée par des arbitres sudistes, avec accessoirement quelques invités de l’hémisphère Nord. Il s’agissait le plus souvent de deux ou trois arbitres européens majeurs (Owens, Rolland, Barnes ou encore Jutge lorsqu’il était en activité) sur les confrontations impliquant les Springboks — les arbitres sud-africains dirigeant toutes les rencontres entre la Nouvelle-Zélande et l’Australie.

Cette situation de minorité s’est aujourd’hui totalement inversée puisque sur les treize matchs — en comptant la Bledisloe Cup arbitrée par le sud-africain Craig Joubert —, seulement cinq seront dirigés par un Sudiste. Révolution. Deux Sud-Africains, un Australien, un Néo-Zélandais, soit quatre arbitres pour cinq rencontres. [Pour voir l’article détaillé à propos des arbitres de ce Rugby Championship, cliquez ici.]

Certes, la professionnalisation progressive de l’arbitrage et la mobilité accrue de ces officiels qui en résulte peut jouer un rôle dans cette vague de désignations nordiste : ne prendre que ce facteur en compte reviendrait toutefois à occulter quelques autres raisons.

Le Sud à la traîne

L’arbitrage sudiste, comme nous avons pu l’écrire précédemment, traverse une période relativement délicate. Les leaders sont bien présents, avec une réelle qualité d’arbitrage — et ils sont tous désignés dans ce Rugby Championship, à part Chris Pollock au sujet duquel nous avons appris qu’il était blessé et ne pouvait pas officier. En revanche, un problème de quantité se pose.

Un panel vert et or peu florissant

L’Afrique du Sud, qui a pu voir jusqu’à quatre de ses arbitres désignés sur la même compétition (Joubert, Kaplan, Jonker et Mark Lawrence), a vu successivement partir en retraite trois de ses leaders, et seul Jaco Peyper a su rejoindre Craig Joubert au top niveau. En effet, Lourens van der Merwe, ancien grand espoir, a été exclu du panel du Super Rugby et n’a été désigné sur aucun match international en juin. Stuart Berry est vivement critiqué en Super Rugby et peine à confirmer son potentiel. Marius van der Westhuizen, même s’il trace son chemin, a déçu lors de la Coupe du Monde Junior ; quant à la star du VII, Rasta Rashivenga, il ne semble pas vouloir — ou pouvoir ? — se tourner vers le XV à l’heure actuelle.

L’Afrique du Sud n’a donc que deux arbitres de haut niveau, et les trois matchs qu’ils ont récoltés montrent qu’elle n’est pas sous-représentée. Ils restent par ailleurs relativement jeunes et représenteront vraisemblablement l’Afrique du Sud pendant encore quelques années. On peut en revanche parler des panels néo-zélandais et australien, le second étant plus préoccupant que le premier.

Un désert arbitral chez les Wallabies et en Argentine

L’Australie peut en effet bénir Steve Walsh d’avoir eu des démêlés avec la fédération néo-zélandaise, étant donné que depuis la déjà lointaine retraite de Stuart Dickinson il est le seul représentant de l’arbitrage australien. Angus Gardner, numéro 2 proclamé de par sa présence à la Coupe du Monde Junior, n’y a cependant pas récolté que des critiques positives. Derrière eux, seule la présence du jeune Andrew Lees, auteur de prestations intéressantes en Super Rugby, est porteuse d’espoirs. Matt O’Brien, lui aussi néo-zélandais d’origine, semble obtenir bien moins de succès à XV (seulement deux matchs en Super Rugby – où il ne s’est pas forcément fait remarquer positivement) qu’à VII où il officiait la saison précédente.

Steve Walsh, considéré par de nombreux observateurs — nous les premiers ! — comme le n°1 mondial, reste par conséquent à l’heure actuelle le seul représentant de la fédération australienne : il obtient un match du Rugby Championship, ce qui reste honorable puisqu’il ne peut diriger que les rencontres entre l’Afrique du Sud et l’Argentine. Il a néanmoins eu 42 ans en mars et ne dirigera donc sans doute plus beaucoup de rencontres internationales après la Coupe du Monde en 2015. L’Australie, qui n’est malheureusement pas une grande nation d’arbitrage, attend toujours sa pépite locale. Cette unique désignation est donc, elle aussi, on ne peut plus logique, compte tenu de la pauvreté du panel australien.

De son côté, l’Argentine se cherche toujours un leader en arbitrage, après la déconfiture de Francisco Pastrana, exclu du panel du Rugby Championship en mars dernier. Federico Anselmi semble vouloir assurer une relève, peut-être constituera-t-il une solution à moyen terme. Pour l’instant cette nation ne dispose d’aucun panéliste, mais surtout d’aucun panélisable.

Mais de futurs grands talents en Nouvelle-Zélande

Chez les néo-zélandais, les retraites prématurées de Bryce Lawrence, Vinny Munro et Keith Brown il y a deux ans ont permis de céder la place à une génération qui s’annonce finalement prometteuse derrière les deux panélistes que sont désormais Chris Pollock et Glen Jackson, ce dernier étant un ancien joueur des Saracens et des Waikato Chiefs notamment. En effet, Mike Fraser et Nick Briant continuent de montrer leurs capacités (ils ont tous deux officié lors des Tests de Juin), et un nouveau venu a fait une entrée fracassante sur la scène internationale : Ben O’Keeffe, aucun Test au compteur et surprise initiale du panel de la Coupe du Monde Junior, qui a fini par en arbitrer la finale avec une maestria incontestable, réalisant de l’avis de tous une prestation très réussie. Prometteur.

En attendant, Glen Jackson et Chris Pollock sont les deux panélistes de la Nouvelle-Zélande. Pour ce Rugby Championship, Jackson glane son premier match en compétition internationale, et Pollock est malheureusement blessé. Le pays du long nuage blanc, lui non plus, n’est donc pas sous-représenté.

Une infériorité numérique logique

On peut donc voir que les nations du Sud ne sont pas volontairement flouées dans ces désignations : les arbitres ne peuvent effectivement pas diriger certains matchs pour cause de neutralité territoriale obligatoire, mais le constat global est présent : l’hémisphère Sud manque d’arbitres de qualité. La Nouvelle-Zélande a d’ores et déjà assuré sa relève, mais la situation s’avère plus compliquée pour autres les pays sudistes où le néant approche dangereusement…

En Europe, c’est un peu mieux

En effet, la situation de notre côté semble bien plus florissante, avec peut-être une petite inversion à venir de certains rapports de force. Toutefois, ce n’est pas le cas de toutes les nations européennes.

Un néant intersidéral en Écosse et en Italie

L’arbitrage n’est pas une spécialité écossaise. Du moins, pas pour le moment : en effet, seul Neil Paterson est apparu au centre lors de la dernière HCup, sans jamais briller, avant de disparaître après les matchs de poule. Chez les Transalpins, Marius Mitrea a été désigné sur deux matchs du Four Nations en tant que JT2, ce qui permet à l’officiel de 32 ans de se placer comme n°1 italien — bien qu’il soit de nationalité roumaine. Toutefois, ses prestations en HCup sont trop limitées et il a dû lui aussi se contenter de matchs de poule lors de la dernière édition. Malgré tout, une certaine progression est notable et lui a permis à la surprise générale de décrocher une demi-finale en Ligue Celtique (compétition pour laquelle toutes les désignations, au passage, semblent effectuées le 1er avril de chaque année) ; pas sûr cependant que cela lui permette d’intégrer un jour le panel. En attendant, la non-représentation de ces deux nations est totalement logique, et fait suite à une longue traversée du désert notamment pour l’Ecosse orpheline du grand Jim Fleming depuis plus d’une décennie.

L’Irlande s’en sort bien, et mieux que le Pays de Galles

La retraite d’Alain Rolland a pour sa part considérablement appauvri le panel irlandais, qui dispose néanmoins toujours de la valeur sûre qu’est devenue John Lacey et de la… surprise (!) que constitue la présence de George Clancy au panel, lui qui semblait — et à raison — en être sorti pour de bon. Peter Fitzgibbon semble quant à lui avoir fait une croix sur sa présence internationale, c’est dommage. L’Irlande reste de fait, avec deux arbitres présents, une place forte de l’arbitrage, mais il faut avouer que cela constitue une surprise, et possiblement une surreprésentation de l’Irlande dans ce Rugby Championship.

La situation est en revanche préoccupante au Pays de Galles, où les années passent pour Nigel Owens, 43 ans, très bien désigné avec deux matchs à diriger lors de ce Rugby Championship. La relève se fait malheureusement attendre, et si Leighton Hodges semblait prometteur, il a été complètement oublié dans la vague de désignations de juin… Ce qui n’est pas le cas de Ian Davies, qui ressemble néanmoins à un arbre planté en dernière minute par la fédération galloise pour tenter de camoufler le désert potentiel qui s’érige progressivement à l’aube de la retraite du chef de file. En attendant la probable période de vaches maigres, Nigel Owens est toujours présent, malgré un arbitrage anémique cette saison.

La fédération anglaise très bien lotie

L’Angleterre, qui a eu ces dernières années à déplorer le départ d’un des meilleurs arbitres de tous les temps, à savoir Chris White, mais également de Dave Pearson, peut toujours compter sur Wayne Barnes pour la représenter. Ce dernier profitera d’une très belle désignation : Afrique du Sud / Nouvelle-Zélande, ce qui avait constitué la finale de l’an dernier ; il ajoutera donc un test à sa déjà belle collection (plus de cinquante au compteur)… le tout à 35 ans ! (Pour vous donner une idée, la moyenne d’âge du panel de Top 14 est de 38 ans.) Force est de constater qu’à l’heure actuelle, Wayne Barnes est probablement le meilleur Nordiste, et le n°2 mondial.

Il pourra sans doute compter sur JP Doyle pour l’épauler dans un avenir proche, mais également sur un des futurs grands arbitres internationaux, Luke Pearce, jeune anglais éminemment prometteur (il a fait ses débuts en HCup cette année). Il faudra également surveiller le jeune Ian Tempest, auteur de très belles prestations en Amlin Cup. L’Angleterre est ainsi, avec une seule désignation, de manière surprenante moins bien représentée que l’Irlande malgré plus de potentiel, et aurait probablement pu glaner plus de matchs au centre dans la compétition.

Les tricolores règnent en maîtres

La France est quant à elle la nation la mieux représentée en nombre d’arbitres, puisque Jérôme Garcès, Romain Poite et Pascal Gaüzere interviendront au centre sur la compétition. Le premier cité sort d’une excellente saison, aussi bien en France que sur la scène européenne et internationale, et arrive sur ce Rugby Championship en tant que n°1 français. Romain Poite, lui, continue de servir des prestations satisfaisantes sur chacune de ses sorties.

Pascal Gaüzère, fort de ses excellentes prestations lors des Tests de Juin, conserve sa place de n°3 français, et se voit attribuer une première désignation sur la compétition sudiste. Bien que sa saison de Top 14 ait été laborieuse par moments, l’arbitre du comité Côte Basque – Landes est en progression constante et saura probablement obtenir des désignations régulières à l’international — où il semble très apprécié — dans les saisons à venir.

Quant à Mathieu Raynal, désigné sur la touche du match entre l’Afrique du Sud et l’Australie en tant que JT2 de Nigel Owens, il est e progrès incessants, fort de ses excellentes prestations lors des Tests de Juin, bien que sa place de numéro 4 français ne lui permette pas d’obtenir ces désignations majeures. Le vivier français est plus imposant derrière ces quatre arbitres, Alexandre Ruiz par exemple pourrait frapper à la porte du panel ces prochaines années, il en prend en tout cas le chemin.

Les Nordistes un cran au-dessus

À la lumière de ces éléments, nous pouvons donc constater qu’à l’heure actuelle, malgré quelques interrogations sur le panel, le Nord n’est pas surreprésenté, et possède même un vivier relativement intéressant, qui permettra très aisément d’assurer une relève à certains arbitres vieillissants, et ce même si des changements dans la hiérarchie de fait interne au Nord pourraient finir par survenir.

Un déséquilibre forcé

Dès lors, même si cette année le panel d’arbitres nordistes est plus important que celui des sudistes pour le Rugby Championship, il ne s’agit pas d’une volonté claire de privilégier les européens. En effet, même si l’arbitrage sudiste peut — à juste titre — se voir considéré comme profondément avant-gardiste et apportant plus de bénéfices au jeu, il traverse une forme de crise, et ne pourra pas cette fois compter sur ses éléments sud-africains pour regarnir le panel, mais sur… les néo-zélandais, pourtant souvent affublés de l’image de mauvais élève de l’arbitrage sudiste. Les temps changent. L’arbitrage nordiste connait actuellement des heures fastes et a été très apprécié l’année dernière pour cette même compétition — à l’exception de Romain Poite —, les arbitrages de Wayne Barnes, Jérôme Garcès et Nigel Owens ayant été unanimement salués.

Faut-il pour autant y voir un impact net sur la qualité du jeu produit et la manière de direction des matchs ? Nous ne le pensons pas forcément. La professionnalisation de l’arbitrage a permis de moduler certaines différences tout en maintenant des spécificités culturelles indispensables, ce qui a tout de même pour effet de tendre vers des objectifs communs. Elle a également développé les individualités composant le panel, avec un nombre restreint d’arbitres dirigeant un grand nombre de matchs : ainsi, à l’heure actuelle, plus que de particularités collectives (par pays) d’arbitrage, on pourra parler de particularités individuelles. Pour exemple, on citera l’arbitrage sud-africain, où les deux panélistes, Jaco Peyper et Craig Joubert, ont des visions diamétralement opposées du jeu au sol, ou encore l’arbitrage irlandais du temps d’Alain Rolland et Alan Lewis, également très différents dans leur approche de certains secteurs de jeu.

La mécanique de l’arbitrage international est en perpétuel changement ; à l’heure actuelle les Nordistes sont présents à son sommet. Pour combien de temps ?

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5 commentaires

  1. cela me tique un peu quand vous mettez L Hodges comme espoir de l’arbitrage…ses prestations sont ouvent critiquees et ils a commis a de nombreuses reprise en Hcup des erreurs tres prejudiciables (regardez donc son match aller Treviso toulours de septe/oct 2013).

    1. Espoir de l’arbitrage tout simplement car il est considéré comme tel (bien désigné en Pro 12 et H Cup, avec en prime quelques matchs internationaux déjà à son actif), même si effectivement il nous a déjà régalé de prestations rivalisant d’incompétence et malhonnêteté. J’ai bien peur qu’il arrive quand même assez haut car Owens n’est pas éternel et derrière lui seul le néant existe (à part peut-être Rhys Thomas ?). L’arbitrage gallois a cependant toujours été bien noté (parfois sans justification réelle) et semble avoir une importance politique (comme tu le dis en commentaire d’un autre article, « la politique joue énormément ») qui lui apporte des désignations. 😉

      1. bon..et bien je suis content car je vois que je ne suis pas le seul a avoir des doutes concernant son arbitrage…merci les amis…je ne suis pas si nul que ca alors…:-)
        je ne connais pas Thomas…je vais cherche qqs videos…

  2. Comment expliquer le nombre important d’arbitre français alors que dans le top 14, il n’ a jamais été autant critiqué ?

    1. Les Français sont très râleurs ! 😉

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