Ça devient envahissant

alexandre_ruiz_arbitrage_vidéo

Nous l’avons vu lors des deux premières journées du Top 14, l’arbitrage vidéo est au plus mal. Des appels incessants, des polémiques inutiles… La technologie est-elle en train de tuer le rugby ?

Les nouvelles règles permettant aux arbitres d’utiliser plus souvent la vidéo sont parvenues à faire passer la mêlée au second plan. La vidéo est-elle indispensable à ce point ? Certains vous diront que l’arbitrage vidéo permet, certes au détriment de la fluidité du jeu (on y reviendra), une plus grande équité dans un match. Mais ce qu’ils oublient, c’est que l’arbitrage vidéo reste de l’arbitrage, et donc un art sujet à erreurs.

Lors de cette dernière journée de Top 14, l’arbitrage vidéo a rendu un verdict très contestable dans un quart des appels.

Lors de Perpignan – Stade Français, l’arbitre vidéo n’a recommandé qu’une simple pénalité pour un échange de coups de poings, ce qui aurait normalement pu valoir deux cartons rouges. Lors de ce même match, il a accordé au Stade Français un essai très contestable. À Toulouse, il a été utilisé pour valider un essai pourtant litigieux. À Brive, il n’a encore une fois recommandé qu’une pénalité pour un plaquage très dangereux.

Si l’arbitrage vidéo ne permet pas d’éviter les erreurs, à quoi bon avoir élargi son domaine d’action ? L’arbitre de champ, lui, a le réflexe — humain, certes — de se décharger sur son assesseur à chaque essai, pour s’assurer à 100 % de sa validité. Cette petite minute d’arbitrage vidéo est non seulement inutile, mais c’est aussi une minute de flottement pour le public du stade, qui lui n’a accès à aucune image et ne sait même pas pourquoi l’essai devrait être refusé.

Cette petite minute, qui peut en durer deux, et qui se répète trois voire quatre ou cinq fois par match, est également un poison pour les joueurs, puisqu’elle hache complètement le jeu et coupe le rythme du match. Lors de la dernière journée de Top 14, le protocole d’arbitrage vidéo a été utilisé 25 fois (souvent à mauvais escient), et surtout pour vérifier la validité d’essais. Cela signifie plus de trois fois par match. Et ce n’est pas tout…

Le système créé aussi des polémiques qui n’ont pas lieu d’être.

Prenons par exemple le match de la 2ème journée entre Toulon et le Racing-Métro. Les essais refusé à Matadigo et accordé à Suta ont fait polémique. Imaginez maintenant ce match sans arbitrage vidéo. Lors du premier essai, l’arbitre siffle directement en-avant. Cinq minutes après, tout est oublié, puisqu’il a effectivement en-avant. Lors de l’essai de Suta, il est accordé directement, et personne n’a le temps de se poser la question sur sa validité dans un Mayol euphorique.

Cependant, l’arbitrage vidéo n’a pas que des mauvais côtés. Lors du match Toulouse – Bayonne, il a permis à l’arbitre de champ Salem Attalah de sanctionner Jean-Jo Marmouyet pour un coup de genou sur joueur au sol. Brutalité qui n’aurait pas été détectée sans cette technologie. Mais force est de constater que l’arbitrage vidéo, censé éviter les polémiques et les erreurs d’arbitrage, ne fait en effet que les souligner. Est-on prêt à sacrifier la fluidité du jeu pour ça ? Les arbitres doivent faire partie du jeu, et leurs erreurs aussi.

L’arbitrage n’a jamais été une science exacte, ce qui constitue là toute la difficulté de porter le sifflet : il s’agit de faire vivre le jeu en occultant la plupart des infractions mineures et sans incidence sur celui-ci, pourtant sanctionnables selon le système de la sacro-sainte règle.

Doit-on passer chaque essai marqué au crible afin de voir si toutes les passes, toutes les courses, toutes les phases de jeu au sol demeurent effectivement parfaitement conformes à la règle ? Doit-on vérifier chaque situation obscure afin de voir s’il n’y a eu aucun échange courtois d’amabilités ? Non. Bien sûr que non. Vous voyez déjà la perte de temps que représente cette extension partielle de l’appel à la vidéo, une quête permanente de pouvoir comportant un certain nombre, nous l’avons vu, d’inconvénients.

D’ailleurs, ce pouvoir de l’appel à la vidéo, cette capacité de revenir sur l’instant passé, cette possibilité de réserver sa décision et d’avouer son impuissance, seuls 13 arbitres l’ont en France, les 13 autorisés à prendre part au Top 14 en tant qu’arbitres de champ. Les autres, des séries territoriales à la Pro D2 (pourtant également championnat professionnel) gardent intact leur devoir de décision juste, équitable et instantanée. Pour autant, doit-on les considérer comme malchanceux ? À vous de voir…

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9 commentaires

  1. Le point positif, c’est de pouvoir, en cas d’essai, pouvoir remonter toute l’action. Je crois que c’est une bonne chose, car le fait que l’arbitre ne puisse vérifier qu’une partie de l’action a suscité une certaine incompréhension chez les spectateurs. Par contre, le fait de demander la vidéo sur une brutalité est une mauvaise chose car, du coup, les arbitres la demandent pour tout et n’importe quoi et tendent à se défausser sur la vidéo. Laissons-les prendre leurs responsabilités !

    1. C’est drôle, d’habitude c’est l’avis inverse.

      1. Le problème, c’est que les arbitres-vidéos osent rarement prendre leurs responsabilités sur les brutalités. L’arbitre de champs va demander la vidéo pour savoir s’il y a Carton Jaune. Mais l’arbitre-vidéo va souvent s’abstenir de recommander le Carton Jaune, se contentant généralement de confirmer ou d’infirmer la pénalité. D’autant plus que maintenant que l’arbitre de champs peut voir les images, l’arbitre vidéo a tendance à se dire : de toute façon, il a les mêmes images que moi, donc il peut décider de rajouter le Carton. Et lorsqu’il n’y a pas faute, ça a fait perdre 2 minutes à tout le monde !

  2. Dans l’exemple du match RCT/RM92, vous dites si l’essai de Matadigo avez été refusé directement, il n’y aurait pas eu de polémique, c’est sans compter sur les ralentis que les diffuseurs TV passeront à l’envie avec la question « l’arbitre aurait-il du accorder l’essai ».
    Ce sont souvent les médias qui créent la polémique que les téléspectateurs s’empressent d’amplifier !

    1. Il y a forcément de ça aussi, mais je ne pense pas que cela serait allé aussi loin. Le fait que l’arbitre vidéo prenne du temps et que les commentateurs meublent en débitant des âneries, cela créé forcément une polémique.

  3. Le titre est un peu racoleur mais l’article est bien.
    Hier Fabien Galthié a defendu l’arbitre video aufaite.

    1. Oui, on a vu ! Galthié est en général plutôt clean avec les arbitres.

      1. Ouai tant que c’est pas contre lui… Cf exactement le même match la saison dernière. (il avait sûrement raison en plus, mais ça n’excuse rien)

  4. Article génial, je pense exactement la même chose, et bon nombre d’arbitres avec moi je suppose.
    PS: la conclusion est magnifique ❤
    ça contraste pas mal avec le titre que j’ai trouvé assez… cru ? ^^

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