[ST-USO] Première mouvementée pour Maxime Chalon

Le match entre le Stade toulousain et Oyonnax ne pouvait échapper à tant de contestations… Maxime Chalon, le petit nouveau du panel, a notamment dû faire face à deux situations délicates, que nous décryptons juste ici !

23ème minute de jeu. Sur un temps fort oyonnaxien, Benjamín Urdapilleta est rattrapé à quelques mètres de la ligne de but toulousaine et remet intérieur pour un partenaire arrivé lancé. Sur la transmission, Yannick Nyanga tape sur le ballon et annihile l’action d’essai. Après vidéo, Maxime Chalon exclut temporairement le flanker toulousain pour antijeu mais n’accorde pas d’essai de pénalité. Qu’en est-il ?

nyanga_enavantvolontaire

La règle nous aidera à y voir un peu plus clair.

12.1 RÉSULTAT D’UN EN-AVANT OU D’UNE PASSE EN-AVANT

(e)  Projection volontaire du ballon. Un joueur ne doit pas projeter délibérément le ballon en avant avec une main ou un bras, ni lancer le ballon volontaire- ment en avant.
Sanction : Coup de pied de pénalité. Un essai de pénalité doit être accordé si la faute empêche un essai qui aurait été probablement marqué sans celle-ci.

10.5 SANCTIONS

(a)  Tout joueur qui enfreint toute Règle relative au Jeu déloyal doit être soit réprimandé, soit averti et temporairement exclu pendant une période de dix minutes ou définitivement exclu.

La première chose est de juger si l’en-avant est délibéré. Ici c’est fort vraisemblable ; le défenseur tend la main sans qu’il n’ait aucune possibilité de récupérer le ballon (➢ paume vers le sol) et semble donc couper volontairement l’action. (Aucun rapport avec le fait d’utiliser une seule main comme cela a pourtant pu être dit.) Rien à dire donc sur la pénalisation du défenseur ni sur le carton jaune dont il a écopé pour un geste d’antijeu tel que celui-ci.

Fallait-il siffler un essai de pénalité ? Maxime Chalon s’est abstenu en se justifiant : « Il n’y a aucune certitude qu’il aurait récupéré le ballon ». Concrètement, il n’y a jamais vraiment de certitude sur ce genre d’action, mais il y avait tout de même une réelle probabilité pour que ce ballon soit récupéré et aplati. La passe semblait arriver dans les bras du soutien jaune, qui aurait marqué à coup sûr malgré le retour d’un défenseur blanc sur la droite. Cela aurait donc clairement pu conduire à accorder un essai de pénalité. (Preuve que la notion de probabilité évoquée dans la règle est encore une fois très subjective ; pour certains arbitres cela équivaudra à une occasion totalement imparable, pour d’autres à une grosse opportunité — même si, dans le cas présent, l’essai de pénalité était fortement recommandable.)

Dernière action du match. Sur une série de pick-and-go des joueurs d’Oyonnax dans la moitié de terrain adverse, Yannick Nyanga arrive promptement au contest, récupère le ballon et le remet en arrière dans son camp, afin de le dégager en touche. Fallait-il siffler une faute sur cette dernière zone de plaquage ?

contestnyanga

Le ruck n’est de toute évidence pas formé puisque le soutien jaune n’est pas sur ses appuis, et n’est aucunement lié (avec le bras, s’entend) avec un adversaire. Voyons donc quelques règles applicables à la zone de plaquage.

15.6 AUTRES JOUEURS

(a) Après un plaquage, tous les autres joueurs doivent être sur leurs pieds lorsqu’ils jouent le ballon. Les joueurs sont sur leurs pieds si aucune autre partie de leur corps n’est au contact du sol ou au contact de joueurs au sol.

(d) Lors d’un plaquage ou près d’un plaquage, tout autre joueur qui joue le ballon doit le faire en arrivant en arrière du ballon et directement en arrière du ou des joueurs impliqués dans le plaquage le(s) plus près de sa (leur) ligne de but.

(f) Un joueur qui le premier obtient la possession du ballon ne doit pas aller au sol sur le lieu ou près du lieu de plaquage, sauf s’il est plaqué par un adversaire.

15.7 PRATIQUES INTERDITES

(c) Aucun joueur ne peut tomber sur ou au-delà des joueurs au sol à la suite d’un plaquage, avec le ballon entre eux ou près d’eux.

La première faute que l’on peut trouver chronologiquement sur cette action est l’attitude du soutien jaune, qui vient faire une protection illicite autour du plaqué (il n’est pas sur ses pieds mais en appui avec ses mains). Cela est sanctionnable d’une pénalité en vertu de la 15.7 (c). Toutefois, c’est une faute fréquente qui n’est que rarement sifflée — ici, elle influe clairement sur la propreté du contest.

Là-dessus, le gratteur blanc vient au contest, en passant par la porte. Est-il sur ses pieds ? Chacun sera libre de se faire son interprétation. Cependant, le joueur n’est pas appuyé sur ses mains et — bien qu’il soit gêné par le soutien en position illicite —, fait l’effort de garder les pieds au sol. Il est plaqué après récupération, et tombe au sol avec le ballon avant de l’envoyer vers son camp.

M. Chalon s’est expliqué au micro de Canal+ : « C’est une action où pour moi il n’y a pas de ruck, donc c’est pourquoi j’ai laissé ce blanc jouer la balle. Je vais la revoir à la vidéo parce que je n’ai pas de certitudes, mais c’est la photo que j’ai durant le match. » Ceci dit, l’absence de du ruck étant effectivement réelle, ce sont les appuis de Nyanga qui posent problème ; on en déduit que M. Chalon les a jugés convenables.

L’arbitrage de cette action est correct dans l’esprit, même si l’on aurait peut-être pu arguer d’interprétations différentes. En effet, pendant que certains auraient sanctionné l’attitude du soutien, d’autres auraient pénalisé un grattage illicite, les appuis du gratteur étant à la limite… Cela prouve encore une fois que chaque décision se vaut, à condition d’être cohérent dessus tout le long de la partie. Rien de vraiment gênant pour le coup, le choix de laisser jouer était donc compréhensible et dans le sens du jeu.

M. Chalon a déclaré à propos de son premier match dans l’élite : « Les débuts sont très plaisants, les sensations étaient bonnes, j’espère que ça va continuer et que ça va être de bon augure pour toute la saison ! » On retrouvera Maxime Chalon très bientôt puisque ce dernier va aligner un deuxième match d’affilée, à Mayol cette fois-ci pour le match entre Toulon et la Rochelle ! Esprit de la Règle lui souhaite un bon match.

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38 Commentaires

  1. Sur ses matchs je le trouve un peu stresse et agressif. Mais a chaque fois je me redis que si j’avais la chance de me trouver la je serais certainement bien plus stresse….n’oublions pas avant de faire des analyses (avec 65 ralentis pour nous aider) que ceci est un premier match de TOP14 pour un arbitre qui vient d’integrer ce panel….je pense que ceux qui arbitrent comprennent ce que je veux dire…laissons lui 5/6 matchs et on pourra faire un premier bilan.
    en tout cas on a besoin de nouvelles tetes et bonne chance a lui…

  2. Excellent débat, très bonnes explications de part et d’autre. Merci. Elles permettent de se rasséréner sur la bonne foi des arbitres et leur faiblesses humaines, et de calmer nos frustrations. Un arbitre ne peut pas être impartial, car si il y avait un absolu possible ce serait la pierre philosophale ou le graal ou autres espoirs déçus !!!! Par contre je me demande si des explications publiques après match, le lendemain à froid par exemple ne seraient pas bienvenues pour éviter les colères et permettre de déclarer publiquement lorsqu’on est frustré : « nous verrons demain »… Plutôt que de parler à demi mots de manière certes retenue mais colérique….

  3. Toujours plaisant de lire des articles comme celui-ci. Cela faisait longtemps (depuis la fin de saison 2013-2014).
    On ressent chez vous cette envie d’expliquer les règles et les différentes interprétations. Cela permet à nous, supporters et fans de rugby en général, de mieux comprendre les actions de jeu et les fautes que nous aurions probablement sifflés sans connaitre les différentes interprétations.
    Merci à vous et à bientôt!

  4. Sur les 23 pénalités sifflées par Chalon, 10 concernent la zone de plaquage: 2 plaqueurs qui ne sortent pas, 6 plaqueurs ou assistants qui ne lâchent pas avant de jouer, 1 entrée sur le côté, et 1 joueur QUI JOUE LE BALLON EN ETANT AU SOL. Sur ces 10 coups de sifflets, 10 ont donc été contre la défense. J’ai lu que tu parlais de cohérence tout au long de la partie et qu’il fallait avoir vu tout le match pour juger de cette dernière action, c’est chose faite. A bon entendeur…

    PS: Maxime Chalon a fait un super match, hyper cohérent dans tous les secteurs, très pédagogue. Sauf qu’on me l’a déjà dit, tu as beau faire le match de ta vie, on ne se rappellera que de la fin, ce qui est le cas ici. Mais il va faire un super Toulon/La Rochelle j’en suis persuadé ! Enfin l’attitude des joueurs d’oyo qui l’entourent à la fin est lamentable, on se serait cru au foot.

    1. La seule pénalité sifflée pour perte d’appuis, c’est celle contre Oyo à la 9ème ? Le cas est différent pourtant : on a un grattage dans les règles puis le mec se laisse tomber tout seul (15.6 (f)), alors que Nyanga tombe parce qu’il est plaqué. Ça me paraît donc un peu juste pour affirmer qu’il aurait dû siffler là aussi.

      1. Ouai donc comme nyanga quoi. Pcq il plonge avant d être « plaqué »

        1. Ça me saute pas aux yeux pourtant… Puis j’en reviens à la protection illicite : ça gêne le gratteur !

          1. Mais il n a pas sifflé une seule fois ça du match ! Ce serait aberrant de siffler ça sur la dernière action. De plus la protection n est illicite que dans la règle et cette faute n est JAMAIS sifflée par personne

            1. Il n’avait pas à siffler ça, mais à en tenir compte pour relativiser une éventuelle faute de Nyanga (oui, parce qu’il aurait pu contester plus proprement sans le bridging)… et donc laisser jouer.

              1. Pour la faute tant pis écoutes t essaieras en match a la 80e et tu m en reparles ^^ plus sérieusement on a pas la même vision de l action preuve que l arbitrage peut être très subjectif.

                1. si on fait un sondage dans le tous les comités je serais curieux du résultat. J’ai l’impression que 90% des arbitres sifflent cette action contre Nyanga.

                  1. pierretou49 · ·

                    Tout à fait je pense aussi…

  5. pour moi le souci n’est pas vraiment la règle ou son interpretation sur la dernière action mais quelque chose de plus important : la crédibilité de l’arbitre.

    En tant que joueur quand un arbitre me dit de stopper ma course en pensant que je suis parti devant , ou de lacher sur une phase de plaquage je m’éxecute hors la il donne un ordre répété mais ne sanctionne pas, je trouve qu’il a une chance relative que ce soit à la fin du match car sinon il se serait retrouvé en situation de faiblesse avec des commandements sans valeurs du point de vue des joueurs.

    Pour en revenir à l’interpretation je pense que si monsieur châlon avait jugé le contest légal il aurait simplement dit à l’entraineur d’oyonnax à la fin du match qu’il s’était trompé sur son premier jugement hors le silence semble penser à un manque de courage qui semble ressortir dans la plupart des résumés du match.

    1. Ah parce que tu sais ce qui s’est dit entre Christophe Urios et Maxime Chalon ? 😉

  6. Effectivement à chaque ruck on peut trouver des joueurs en faute dans chacun des camps.
    Par contre la vrai faute de l’arbitre, et ce qui lui est principalement reproché, et d’avoir dit non 4 fois à Nyanga (la vidéo est éloquente) et de ne pas l’avoir sanctionné à l’issue alors que la pénélité vait une incidence sur le score final.
    Ce n’est donc pas la faute technique mais bien le manque de courage qui est en cause.

    1. J’ai expliqué ça là-dessous… Rien à voir avec un manque de courage. Il n’a pas sifflé parce que finalement il a vu qu’il n’y avait pas de faute.

  7. Sur le grattage de Nyanga outre l’application de la règle (chacun se fait son avis), le souci est que mr Chalon répète à plusieurs reprise « NON ».
    Tous le monde a conscience qu’il s’adresse à Nyanga et non au plaqué.
    Sur cette action le débat est là-dessus.

    1. J’attendais cette question. 😀
      Je pense que M. Chalon a dit « Non ! » sans vraiment le penser, ou alors il s’attendait à ce que Nyanga récupère ce ballon plus « salement ». En voyant que finalement il n’y avait rien à dire, il s’est ravisé. L’action parle d’elle-même. 😉

  8. Sinon tu pointes le soutien jaune pour défendre Chalon ce qui est normal, mais il est effectivement en position illicite SEULEMENT quand Nyanga n’est pas encore là donc tu ne peux pas le siffler, il n’a aucune incidence sur personne. Quand Nyanga arrive au contest, le soutien est sur ses appuis et Nyanga tombe, et récupère le ballon une fois couché sur le joueur d’oyonnax, c’est gros comme un camion, il n’est plus du tout sur ses appuis. Je ne vois pas quelle interprétation il y a à faire….

    1. Il est en position illicite tout le long du truc, il a tout le temps les deux mains au sol ! Quant à Nyanga… je maintiens que non, il tombe avec le ballon.

      1. Toi qui regardes tant de matches tu sais très bien que si tu siffles les 4 appuis tu siffles sur quasi chaque ruck !
        Et pour nyanga je dirais pas que c est de la mauvaise foi parce que c est vraiment l argument nul mais franchement je comprends pas ^^ c est pourtant clair sur les images enfin après t as ton avis je respecte mais je te comprends pas (et je suis pas le seul). Là si tu siffles pas le blanc tu sors pasdu terrain, deja que là chalon a galéré 😉

        1. Bah on est pas d’accord visiblement.
          Concernant les quatre appuis, on précise bien que ce n’est jamais sifflé car c’est mineur, mais je pense que ça vaut le coup d’en parler, surtout quand c’est aussi énorme, sur un cas aussi litigieux que celui-ci où on jette l’opprobre à Nyanga pour une faute que, à mon sens, il ne commet pas. 😉

  9. sur l’en-avant de y. nyanga, heureusement que c ete pas une demi final de h-cup^^

  10. Le pauvre on l’envoi a Mayol pour son deuxième match… Si LaRochelle gagne (peut importe l’arbitrage) il risque d’en entendre parler longtemps

  11. On a pas le droit de prendre appuis sur ses mains quand on viens au soutien? On m’aurai menti à l’insu de mon plein grès? Parce que je vais TOUJOURS au soutien comme le fait le premier soutien du 2eme gif

    1. Nop, tu es censé (je dis bien « censé », parce que c’est tellement mineur que ce n’est jamais sifflé) être sur tes pieds, et n’avoir aucune autre partie du corps en contact avec le sol ! C’est la règle 15.6 (a).
      D’ailleurs, à la formation d’un ruck, il est interdit d’avoir les épaules en-dessous des hanches (sinon c’est un coup franc de mémoire). 😉

      1. Bon bah en effet, je suis toujours à la faute. Par contre est-ce que, quand tu es 1er soutien, tu peux t’accrocher aux hanches et au buste du plaqué, histoire de rester bien solide sur tes appuis (pas de contact avec le sol, juste avec le joueur plaqué)???

        1. Non plus ! Au sol ou sur un joueur au sol, c’est la même chose, c’est du bridging. En théorie tu dois supporter le poids de ton corps ! 😉

          1. J’espère que tu ne m’arbitrera jamais alors 😉 , en tout cas merci de ces précisions!

            1. Ça ne se siffle que très rarement, parce qu’en général ça n’a aucune influence sur le déroulement du ruck. Mais les consignes en font état et c’est plus souvent pénalisé chez les jeunes, notamment en école de rugby.
              Y’a pas de quoi ! 🙂

  12. en-avant volontaire du joueur toulousain,indiscutablement;première sanction:carton jaune,j’ose espérer que dans un autre contexte,Toulouse en position favorable pour marquer,en-avant volontaire d’un joueur oyonnaxien(?)….,vous avez-dit :essai de pénalité?…non,quand même pas!!!

  13. Puisque on est sur ce match, j’aimerais avoir votre avis sur les différentes actions de jeu dangereux qu’il y a eu. Quid du plaquage que prend Flood à la 42eme, notamment? Ainsi que de l’en avant du oyonnaxien sur la relance de Palisson en 2eme période, et de l’en avant de Poitrenaud à la 53eme.

    Sinon, ben comme toujours, vos explications sont toujours aussi bonnes et claires! Les règles sont énnoncées, votre interprétation des actions, ainsi que d’autres possibles. Voilà pourquoi j’adore ce site!

    1. Il y a effectivement un plaquage cathédrale sur Flood. Le jaune aurait été de trop je pense, mais c’est vrai que M. Chalon aurait pu siffler une pénalité.
      Concernant l’en-avant oyonnaxien, il n’y a rien à dire : il joue le ballon (paume vers le haut), et d’ailleurs il est à deux doigts de le récupérer ! Pour celui de Poitrenaud c’est difficile à dire… Y’a rien d’évident donc on laisse jouer. 😉

      1. Merci pour la réponse si rapide!

      2. Euh plaquage cathédrale c’est ou carton jaune ou carton rouge, la simple pénalité ça n’existe pas.

        1. Disons que tu ne l’appliquerais pas.

          1. Ba ça n est sifflé par personne en tous cas. Les consignes sont claires pour ce type de faute

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