[ST-RM92] Fallait-il sortir Florian Fritz ?

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Le match de barrage entre le Stade Toulousain et le Racing-Métro 92 a été la scène d’un choc extrêmement violent entre Florian Fritz et le genou de François Van Der Merwe. Après s’être fait recoudre, le Toulousain a fait son retour sur la pelouse. Aurait-il dû ? — Photo Getty Images

On joue la 18ème minute du match. Florian Fritz charge ballon en main et est plaqué par Bernard Le Roux. En tombant, sa tête heurte le genou de François Van Der Merwe. Sur ce choc, le centre toulousain s’ouvre le front, qui se met à saigner abondamment. Les soigneurs s’empressent alors de venir le soigner. Après quelques secondes au sol, Florian Fritz se relève et tente de repousser les soigneurs. Finalement, il est contraint de sortir sur saignement.

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Seulement, après s’être fait poser sept points de suture, cinq agrafes, et une bonne dose de vaseline, le centre toulousain fait un bref retour sur la pelouse quinze minutes après sa sortie (le temps qui lui est imparti pour se faire recoudre). Et c’est cette décision qui a fait polémique. Jérôme Garcès pouvait-il lui interdire de revenir sur le terrain ? Florian Fritz aurait-il dû passer par un protocole de commotion cérébrale ?

Selon la règle, oui, Jérôme Garcès a le droit d’interdire à un joueur de rejoindre le terrain s’il juge son état « suffisamment grave pour l’empêcher de jouer« .

3.9  POUVOIR DE L’ARBITRE D’EMPÊCHER UN JOUEUR BLESSÉ DE CONTINUER À JOUER

Si l’arbitre décide — avec ou sans l’avis d’un médecin ou d’une autre personne ayant les compétences médicales nécessaires — que la blessure d’un joueur est suffisamment grave pour l’empêcher de jouer, il peut ordonner au joueur concerné de quitter l’aire de jeu. L’arbitre peut également ordonner qu’un joueur blessé quitte le terrain pour subir un examen médical.

Florian Fritz semblait totalement lucide lors de son retour sur la pelouse. De toute évidence, il n’avait aucune raison de le faire sortir. Cependant, le choc avait laissé Florian Fritz au sol. Que prévoit le protocole de suspicion de commotion cérébrale (FFR – Avis hebdomadaire n°973) ? [Notez qu’il s’agit du « Protocole de Suspicion de Commotion Cérébrale », et non du « Protocole de Commotion Cérébrale » ; en effet, le dispositif a été changé en début de saison. De nombreux journaux ont fait la confusion et ont donc publié la mauvaise marche à suivre.] 

3. Outils d’aide à l’évaluation sur le bord du terrain

Un joueur doit être sorti définitivement du terrain s’il présente l’un des signes ou symptômes suivants : – crise tonique posturale, – convulsions, – perte de connaissance confirmée, – suspicion de perte de connaissance, – troubles de l’équilibre / ataxie, – désorientation par rapport au temps, au lieu, aux personnes.

La présence d’un de ces symptômes exclut toute possibilité de revenir sur le terrain, que le test (dont nous allons vous parler juste après) soit réussi ou non. Dans le cas de Florian Fritz, peut-on suspecter une perte de connaissance, ou encore un trouble de l’équilibre ? Les observables définies par la FFR sont les suivantes :

Suspicion de perte de connaissance

1) Hypertonie cervicale observée immédiatement après le choc. 2) Le joueur reste au au sol sans bouger jusqu’à ce que le premier secouriste arrive près de lui. 3) La perte de connaissance est signalée par des joueurs de sa propre équipe ou des officiels de match.

Troubles de l’équilibre ou ataxie

Le joueur est incapable de se tenir debout sans aide ou de marcher normalement et régulièrement sans soutien.

Nous ne sommes pas en mesure de confirmer les deux premières observables, la caméra quitte en effet Florian Fritz après l’impact. En revanche, il est clair que les soigneurs toulousains sont appelés par les joueurs et par l’arbitre. Concernant le trouble de l’équilibre éventuel, c’est moins évident puisque Florian Fritz sort en marchant, bien que certes épaulé par ses soigneurs.

La suspicion de perte de connaissance étant avérée, le centre toulousain aurait donc dû être remplacé définitivement selon le règlement, sans possibilité de retour sur le terrain, bien qu’il fût désireux de reprendre la partie.

Pour être complet, passons au PSCA 1, plus connu sous le nom de « test des 21 questions » (bien qu’il s’agisse plutôt de 21 critères). Rappelons-le, sa réussite n’admet pas forcément que le joueur puisse retourner sur le terrain, puisqu’ici, Florian Fritz est suspecté d’avoir eu une commotion cérébrale.

Une évaluation est obligatoire si le médecin de l’équipe ou l’arbitre ont été témoins d’un des symptômes suivants :

– Le joueur semble avoir été « hébété, étourdi ou sonné », – Modifications comportementales éventuelles, – Confusion éventuelle, – Observation d’un évènement dangereux pouvant potentiellement provoquer une commotion, – Autres symptômes ou signes suggérant une commotion.

Dans l’éventualité où le joueur n’est pas suspecté d’avoir eu une commotion cérébrale, le staff médical disposera alors de cinq minutes pour faire appliquer le PSCA 1 (quinze minutes si le joueur doit se faire recoudre). Sur les 21 critères du test, tous doivent être négatifs pour que le joueur puisse faire son retour sur le terrain. Même en cas de réussite au test, le médecin a le droit d’interdire au joueur de revenir sur le terrain s’il juge malgré tout son état trop inquiétant.

Toujours est-il et que le Dr Jean-Claude Peyrin et le Dr Bernard Dusfour, présidents respectifs de la Commission médicale de la FFR et de la LNR, ont demandé l’ouverture d’une enquête. Ces derniers ont eu des mots très virulents envers Guy Novès et le staff médical de Toulouse, qui ont permis à Florian Fritz de revenir sur le terrain pendant cinq minutes vers la 35ème, avant de le sortir à la mi-temps.

Le manager général du Stade Toulousain est en effet arrivé devant la porte de l’infirmerie lorsque la période des quinze minutes qui était impartie au soigneur touchait à son terme. Il a demandé au staff médical si Fritz pouvait refaire son retour sur le terrain et a précisé que si c’était le cas, il était nécessaire de se dépêcher. Un empressement qui n’a pas plu du tout au Dr Peyrin et au Dr Dusfour.

Didier Mené a pour sa part défendu l’arbitre du match : « Monsieur Garcès a arrêté le jeu très rapidement. Une fois Fritz sorti, ce n’est plus son affaire, mais celle des médecins. Il n’a pas fait explicitement la demande du protocole car ce qui sautait aux yeux, c’était le saignement. Mais la blessure était tellement spectaculaire, et la nécessité du protocole tellement évidente que je serais étonné si le médecin du club ne l’avait pas fait. »

Le staff toulousain, pour sa part, explique avoir d’abord soigné le saignement : « La priorité était de recoudre Fritz. On n’a pas appliqué le protocole commotion cérébrale, mais nous lui avons posé plusieurs questions. Il y avait un médecin urgentiste et une infirmière qui pourront le confirmer. »

Difficile toutefois d’établir une culpabilité, puisque l’application du protocole incombe autant à l’arbitre du match qu’au staff médical du Stade Toulousain. Lors de la sortie du joueur, l’hémorragie a fait oublier le protocole. Par la suite, le rétablissement rapide du joueur ainsi que son envie de retourner sur le terrain lui ont finalement permis de rejouer cinq minutes. Les erreurs sont humaines. Finalement, le joueur est sorti à la mi-temps sans dommages, tout le monde ayant pris ses responsabilités. Pas de quoi fouetter un chat.

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4 commentaires

  1. Pouvez vous juste me confirmer le protocole cérébrale 5 ou 10 minutes ? J ai un doute. Merci

    1. Cinq minutes, quinze si saignement !

  2. Le problème pour l’arbitre dans ce cas là et qu’il n’est pas médecin et que si les médecins le juge capable de revenir c’est compliqué pour lui de s’y opposer

    1. Eh bien… Il aurait fallu qu’il soit sorti dès sa blessure, quoi qu’en disent les médecins.

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